Félix Tshisekedi appelle Paul Kagame à faire « la paix des braves »
Le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a lancé, ce jeudi 9 octobre à Bruxelles, un vibrant appel à son homologue rwandais Paul Kagame, l’invitant à « faire la paix des braves » et à mettre fin à l’escalade de violence qui ravage l’est de la République démocratique du Congo.
S’exprimant lors du Global Gateway Forum, organisé par l’Union européenne, Félix Tshisekedi a exhorté le président rwandais à « ordonner aux troupes du M23, soutenues par Kigali, de cesser les hostilités ». Il a insisté :
« Nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade. Je tends la main au président Kagame pour qu’ensemble, nous rendions à nos peuples la paix qu’ils méritent. »
« L’Afrique a besoin de passer à autre chose »
Le président congolais a rappelé qu’il n’avait jamais affiché d’attitude belliqueuse envers le Rwanda ou ses voisins :
« Je nous avais proposé de travailler ensemble, de rapprocher nos peuples et nos communautés pour leur développement et leur bien-être. »
Il a souligné que le processus de paix de Luanda, conduit par le président angolais João Lourenço, avait frôlé le succès avant d’être interrompu :
« Nous étions à 98 % de recouvrer une paix durable, mais vous avez boycotté la cérémonie. »
Félix Tshisekedi a également salué le rôle du président Cyril Ramaphosa, dont les troupes sud-africaines participent aux opérations de stabilisation, ainsi que les contingents tanzaniens et malawites engagés sur le terrain.
Le contexte d’une crise persistante
Malgré la signature à Washington fin juin 2025 d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, et la déclaration de principes de Doha du 19 juillet, les violences se poursuivent.
Le M23, soutenu par Kigali, contrôle désormais de vastes zones de l’est congolais, dont Goma et Bukavu, des villes stratégiques riches en ressources naturelles. Cette situation alimente une crise humanitaire et politique majeure depuis le début de l’année.
Dans son discours, le président congolais a également remercié l’implication de Donald Trump, qu’il considère comme un acteur diplomatique déterminé à encourager la paix dans la région.
🔹 Une scène politique bouleversée : la condamnation de Joseph Kabila
L’appel de Félix Tshisekedi à la « paix des braves » intervient dans un contexte national déjà électrique, marqué par la condamnation à mort de l’ancien président Joseph Kabila par contumace pour « crimes de guerre » et « trahison » en lien avec l’AFC/M23.
Cette décision de justice, prononcée début octobre à Kinshasa par un tribunal militaire, a profondément fracturé le paysage politique congolais.
Pour le politologue Bob Kabamba, docteur à l’Université de Liège, « Félix Tshisekedi a violé un tabou ». Selon lui, ce procès visait à affaiblir politiquement Kabila, mais pourrait paradoxalement le renforcer à long terme en le repositionnant comme figure d’une opposition civile unifiée.
Les réactions à Kinshasa restent mesurées, mais cette condamnation historique — la première d’un ancien chef d’État congolais depuis l’indépendance — redéfinit les rapports de force au sommet de l’État, dans un moment où le chef de l’exécutif tente de consolider son autorité et d’apparaître comme le garant de la justice et de la souveraineté nationale.
Un message tourné vers l’avenir
« L’Afrique a besoin de passer à autre chose. Prenons le courage de nous regarder en face, de dire ce qui ne va pas et de prendre les bonnes décisions pour nos populations. »
— Félix Tshisekedi, Bruxelles, 9 octobre 2025
Le président Tshisekedi conclut ainsi son intervention sur une note d’espoir et de responsabilité, invitant à un sursaut panafricain pour tourner la page des conflits et bâtir une stabilité durable.
Sa main tendue à Paul Kagame, si elle trouve un écho, pourrait marquer une étape historique vers la réconciliation entre Kinshasa et Kigali — une paix des braves que l’Afrique attend depuis trop longtemps.
Analyse des Justes du Congo
L’appel du président Tshisekedi s’inscrit dans une stratégie diplomatique à double tranchant : d’un côté, il se positionne comme artisan de la paix régionale ; de l’autre, il renforce son image d’homme d’État intransigeant sur la souveraineté et la justice.
La condamnation de Joseph Kabila, aussi symbolique que controversée, envoie un signal fort à l’opinion publique congolaise : aucune figure politique n’est intouchable.
Mais elle soulève aussi une question cruciale : la justice militaire congolaise peut-elle être perçue comme un outil d’équilibre démocratique ou comme un instrument de pouvoir ?
Par la rédaction des Justes du Congo, d’après l’AFP