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« RDC-RWANDA Une guerre oubliée ! »

Émission spéciale – OpenBox TV, présentée par Claude Medori
Invités principal : Alain Juillet
Avec la participation d’Emmanuel Dupuy, Bruno Fuchs, Arlette Bahati, Vicky Katumwa, Madeleine Nikomba Sabangu et Chantal Chambu Mwavita

Plusieurs personnalités congolaises et françaises, membres et soutiens du Comité Les Justes du Congo, ont appelé appellent à une mobilisation internationale pour la paix et à une implication renouvelée de la France face à trente ans de guerre dans l’Est de la RDC.

Claude Medori :
Bonjour, bienvenue sur OpenBox TV, dans le cadre du programme LGLASE Geopolitics.
Aujourd’hui, nous allons tenter de comprendre ce qui se joue réellement dans le conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, un conflit ancien, complexe et souvent mal compris.
Pour cela, nous recevons Alain Juillet, ancien haut responsable du renseignement économique français, fin connaisseur de l’Afrique et des enjeux géostratégiques internationaux.

🎙️ Alain Juillet éclaire les origines du conflit RDC–Rwanda

Alain Juillet :
Au Congo, il y a toujours eu des conflits ethniques entre les différentes zones du Kivu et d’ailleurs.
Mais l’affaire actuelle n’est plus ethnique : c’est d’abord une affaire politique, devenue ensuite une affaire minière.

Il rappelle d’abord que Paul Kagame, alors chef militaire, a pris le contrôle du Rwanda à la fin du génocide, avec le soutien de forces ougandaises et américaines.
Ses troupes ont ensuite traversé la frontière pour aider Laurent-Désiré Kabila à renverser Mobutu et prendre le pouvoir à Kinshasa.
En échange, Kagame a exigé d’exploiter les mines de cobalt, de coltan et de terres rares situées dans l’Est congolais.

« Ce n’était pas seulement Kagame, mais des sociétés minières nord-américaines derrière lui, qui ont organisé l’exploitation du sous-sol congolais via le Rwanda. »

Pendant des années, cette exploitation illégale s’est poursuivie.
Quand Kabila a voulu récupérer la maîtrise de ces ressources, des milices ont été créées — le M23 notamment — pour maintenir le contrôle du terrain.

« Ces groupes armés sèment la terreur, afin de garantir la continuité de l’exploitation minière. »

Les tentatives de rétablir la paix ont échoué à cause des conflits d’intérêts internationaux, notamment ceux des compagnies minières.

Alain Juillet rappelle ensuite que Donald Trump est le premier président américain à avoir tenté d’imposer une solution :

« Il trouvait anormal que le Rwanda, sans mines sur son territoire, soit devenu le premier exportateur africain de terres rares. »

Des négociations ont alors été engagées, mais jamais respectées.

« Le Rwanda continue de piller les mines du Congo. C’est inacceptable. »

Il souligne aussi le silence occidental :

« Cette guerre, qui dure depuis 30 ans, a fait bien plus de morts que celle d’Ukraine, mais personne n’en parle. »

Enfin, il conclut :

« Le jour où le Congo mettra fin à la corruption et gérera ses ressources comme un pays normal, il deviendra la première puissance d’Afrique. »


🎙️ Emmanuel Dupuy : « La France doit retrouver toute sa place dans la médiation pour la paix au Congo »

Président de l’IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe)
Membre du Comité Les Justes du Congo
Paris, OpenBox TV – Émission spéciale sur la situation RDC–Rwanda

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) et membre du Comité Les Justes du Congo, a rappelé l’importance de replacer la société civile et la diplomatie francophone au cœur du processus de paix.

Compagnon de route de l’initiative Les Justes du Congo, il salue l’action de trois sénateurs congolais venus à Paris « pour expliquer à la société civile les véritables enjeux d’un conflit qui ensanglante le continent depuis trente ans ».

« Si l’Afrique a la forme d’un revolver, c’est en République démocratique du Congo que se trouve son déclencheur », rappelle-t-il, soulignant que les femmes et les enfants demeurent les premières victimes de l’instabilité dans l’Est du pays. Il plaide pour l’application effective de la résolution 2013/25 des Nations Unies, qui exige leur participation aux processus de médiation et de stabilisation.

Emmanuel Dupuy s’interroge : le conflit ne se limite-t-il vraiment qu’à deux acteurs, le Rwanda et la RDC ?
Avec neuf frontières partagées avec d’autres États africains, la RDC subit les conséquences de son immense position géographique, entre pressions régionales et absence de coordination diplomatique durable.

Selon lui, la France a aujourd’hui été « marginalisée » d’un processus devenu américanisé et presque privatisé, où « la plupart des médiateurs ne sont pas des diplomates officiels ». Il appelle donc à renforcer d’autres formes de diplomatie, notamment parlementaire et citoyenne, et salue l’implication de Carlos Bilongo, président du groupe d’amitié France–RDC, et de Bruno Fuchs, président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Pour Emmanuel Dupuy, la RDC demeure le plus grand pays francophone du monde, avec près de 120 millions d’habitants, et cette dimension linguistique et culturelle doit redevenir un levier stratégique.
Il souligne toutefois le paradoxe : la Secrétaire générale actuelle de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, est issue du Rwanda, pays directement impliqué dans le conflit.

« La Francophonie ne peut rester silencieuse ni neutre quand l’un de ses membres agresse un autre », avertit-il.

Emmanuel Dupuy conclut en appelant à une mobilisation citoyenne internationale, afin de replacer la justice, la souveraineté et la paix au cœur des priorités :

« Après des décennies d’impuissance diplomatique, ce sont les citoyens congolais eux-mêmes qui doivent inciter les grandes puissances et les institutions à agir enfin. »


🎙️ Bruno Fuchs – Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale : « La paix viendra du terrain, portée par les citoyens et la société civile »

Présent à Paris lors de la rencontre organisée par Les Justes du Congo, Bruno Fuchs, président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a livré un message d’engagement citoyen et de lucidité politique.

« Après des décennies d’incapacité des grandes institutions et des responsables politiques à résoudre le conflit, ce sont les citoyens qui en pâtissent le plus. »

Selon lui, les premières victimes depuis trente ans doivent aujourd’hui se mobiliser davantage pour inciter toutes les parties prenantes à trouver une solution durable, respectueuse du droit international et des populations civiles.

« Mon engagement premier, en venant ici, est d’être aux côtés de ces citoyens qui, par leur mobilisation, peuvent faire bouger les lignes. »

Bruno Fuchs souligne que, malgré les efforts de la France et de ses partenaires, aucun terrain d’entente réel n’a encore été trouvé. Il place néanmoins un certain espoir dans la nouvelle dynamique diplomatique amorcée avec l’arrivée des Américains, des Qataris et désormais des Togolais, estimant que « le contexte a changé » et qu’un point d’équilibre est peut-être plus proche qu’il ne l’a jamais été.

Mais pour lui, la priorité reste la mise en œuvre concrète des accords :

« Depuis des années, des textes sont signés mais jamais appliqués. L’essentiel n’est plus seulement de conclure un accord, mais de le faire vivre. »

Enfin, il appelle à une pression collective, à la fois citoyenne et politique, pour garantir la durabilité des engagements pris :

« Nous aurons besoin de citoyens engagés, de parlementaires et de personnalités de bonne volonté disposant d’une véritable force politique pour veiller à ce que les accords soient enfin respectés. »


🎙️ Trois sénatrices congolaises interpellent la France : “Le silence tue”

Lors de la seconde partie de l’émission spéciale d’OpenBox TV, trois sénatrices congolaises – Arlette Bahati, Vicky Katumwa et Madeleine Nikomba Sabangu – et membres fondatrices des Justes du Congo ont pris la parole pour dénoncer la tragédie vécue par la population de l’Est de la République démocratique du Congo et pour appeler la France à sortir de son silence diplomatique.


1- Sénatrice Arlette Bahati : “Six millions de morts, c’est une réalité”

Venue spécialement de RDC, la sénatrice Arlette Bahati a livré un témoignage poignant sur la situation humanitaire dramatique dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, notamment à Goma et Bukavu.

« Depuis trente ans, la population congolaise vit un véritable enfer. Nous comptons plus de six millions de morts, soit l’équivalent de la population des cinq plus grandes villes de France. »

Elle dénonce un conflit “sans paroles ni images”, trop longtemps ignoré par la communauté internationale :

« Les banques sont fermées, l’économie est à l’arrêt, les enfants ne vont plus à l’école. Les assassinats et les enlèvements sont quotidiens. Nous vivons un enfer, et cela doit cesser. »

Arlette Bahati appelle à la solidarité internationale, en particulier celle de la France :

« La France, pays démocratique et membre de la Francophonie, doit s’engager activement pour que justice soit rendue au peuple congolais. »


Sénatrice Vicky Katumwa : “La France de Macron doit retrouver le courage de la France de Chirac”

Prenant la parole à son tour, Vicky Katumwa a rappelé que la France avait, par le passé, joué un rôle moteur dans la dénonciation de l’agression subie par la RDC :

« Sous l’ère Chirac, avec Dominique de Villepin, la France avait contribué à alerter la communauté internationale sur l’agression congolaise. »

Elle invite aujourd’hui le président Emmanuel Macron à rompre avec une diplomatie prudente et à adopter une position ferme, à l’instar de la Belgique :

« La Belgique a fait preuve de courage en sanctionnant le Rwanda. Nous souhaitons que la France fasse de même, si le Rwanda ne retire pas ses troupes du territoire congolais. »


Sénatrice Madeleine Nikomba Sabangu : “Le silence de la France est une complicité”

La sénatrice Madeleine Nikomba Sabangu a, quant à elle, tenu un discours d’une rare intensité, dénonçant le mutisme de la France face à ce qu’elle qualifie de “guerre d’agression contre un grand pays francophone”.

« Nous avons besoin de l’implication de la France, car son silence est une complicité. Le silence de la France est une arme. Ce silence tue. »

Elle interpelle directement le président français :

« Le président Macron a récemment parlé d’une guerre interethnique, or une telle guerre n’a jamais existé dans l’Est de notre pays. Ce n’est pas un conflit ethnique, c’est une agression. »

La sénatrice exhorte la diplomatie française à clarifier sa position et à s’impliquer activement pour la paix et la souveraineté de la RDC :

« La France doit s’affirmer pour que les sanctions imposées au Rwanda soient effectivement appliquées, et pour que la paix revienne enfin. »

Un message commun : vérité, justice et engagement

Les trois parlementaires congolaises et membres du Comité des justes du Congo ont lancé un message fort depuis Paris :
la RDC ne demande pas la compassion, mais le respect du droit international, la fin de l’impunité, et la solidarité de la Francophonie.
Leur appel résonne comme une interpellation morale adressée à la France et à l’Europe :

« Le silence n’est plus une option. La paix passe par la vérité et par l’action. »


🎤 Interview exclusive – Chantal Chambu Mwavita, ancienne ministre des Droits humains de la RDC

« Le Congo restera indivisible et hospitalier, mais il est temps que la communauté internationale agisse vraiment »

Dans une interview exclusive accordée à OpenBox TV, Chantal Chambu Mwavita, ancienne ministre des Droits humains de la République démocratique du Congo, a livré une analyse franche de la situation actuelle et de la position de la France sur le conflit qui oppose la RDC au Rwanda depuis trois décennies.

La France, d’un rôle historique à une implication renouvelée

Interrogée par Claude Medori sur l’attitude de la France, l’ancienne ministre reconnaît que la diplomatie française semble retrouver une certaine conscience de son rôle :

« Oui, nous sentons maintenant qu’elle commence à comprendre qu’elle doit être à nos côtés. »

Elle rappelle que la France avait été présente dès les premières heures du conflit, lorsque des réfugiés rwandais avaient été accueillis au Congo dans un contexte de guerre post-génocide.

« À l’époque, la France avait demandé aux troupes rwandaises de se retirer pour permettre la coexistence entre les deux gouvernements. »

Aujourd’hui, selon elle, la France soutient à nouveau la RDC et commence à sanctionner les atrocités commises par le Rwanda et ses alliés armés.

Une diplomatie mondiale en recomposition

Chantal Chambu Mwavita évoque également le rôle des puissances internationales :

« L’arrivée du président Trump et sa façon directe de résoudre les crises pourrait inciter les États-Unis à s’impliquer davantage. Quand il parle, les choses bougent. »

Elle souligne que la RDC a longtemps été isolée sur la scène internationale, mais que le président Félix-Antoine Tshisekedi a changé la donne :

« Il a ouvert le Congo au monde, rencontré ses homologues et les institutions internationales. Son travail de longue haleine porte ses fruits : au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la RDC a obtenu 172 voix sur 190. Le monde entier commence à comprendre notre cause. »

Mais elle insiste : les condamnations verbales ne suffisent plus.

« Nous demandons que ces positions deviennent effectives. Que les États exigent de Paul Kagame qu’il cesse de soutenir le M23 et l’AFC. »

Une demande claire : vérité, enquêtes et retrait des troupes

L’ancienne ministre détaille les actions diplomatiques menées par Kinshasa :

« Nous avons saisi le Conseil de sécurité et le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour qu’ils punissent les atrocités commises par les troupes rwandaises et leurs alliés. Une résolution vient d’être adoptée à Genève pour l’envoi d’experts et d’enquêteurs indépendants. »

Selon elle, les preuves sont désormais établies :

« Le Rwanda, qui se cachait derrière des groupes terroristes comme le M23, est aujourd’hui sous les projecteurs. Kagame finance directement ces milices qui occupent nos territoires. »

Elle rappelle que la région frontalière est riche en minerais stratégiques : coltan, cobalt, cuivre, or, diamants — autant de ressources pillées depuis près de 30 ans.

« Le Rwanda s’empare de nos mines et exporte nos richesses. Cette exploitation doit cesser. »


“Nous ne pouvons pas mourir à cause de la fertilité de nos sols”

Chantal Chambu Mwavita déplore le paradoxe d’un pays d’une richesse inouïe plongé dans la pauvreté et la guerre :

« Le Congo est béni, nos sols sont fertiles. Nous ne pouvons pas mourir à cause de ce que la nature nous a donné. Si on nous laisse notre terre, nous cultiverons et nous survivrons. »

Elle adresse un appel solennel :

« Nous demandons aux troupes rwandaises de se retirer du territoire congolais et de respecter la souveraineté de la République démocratique du Congo. »

Et conclut par un message d’unité et de dignité :

« Le Congo restera indivisible. Il restera toujours un pays hospitalier, ouvert à ses amis, à ses frères, et à ceux qui ont choisi le Congo comme seconde patrie. »


Émission présentée par Claude Medori sur OpenBox TV
Invités principal : Alain Juillet
Invités en 2e partie : Avec la participation d’Emmanuel Dupuy, Bruno Fuchs, Arlette Bahati, Vicky Katumwa, Madeleine Nikomba Sabangu et Chantal Chambu Mwavita

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