Nord-Kivu : Mai 2025, un mois sous le signe des crises et de la résilience humanitaire

Le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) en RDC a publié son rapport de situation pour le mois de mai 2025, dressant un tableau préoccupant mais aussi celui d’une réponse humanitaire indispensable au Nord-Kivu. La mission d’OCHA est claire : coordonner l’aide d’urgence pour sauver des vies et protéger les personnes en cas de crise humanitaire, tout en plaidant pour une action efficace et basée sur des principes.

Une situation humanitaire alarmante

Le mois de mai 2025 a été marqué par une intensification des violences et des déplacements massifs dans la province :

  • Vagues de déplacements sans précédent : Plus de 130 000 personnes ont été nouvellement déplacées dans les territoires de Rutshuru et Lubero en raison d’affrontements persistants.
    • À Rutshuru, les combats incessants entre groupes armés ont poussé plus de 96 500 personnes (environ 16 000 ménages) à fuir vers des localités comme Kizima, Kahe et Mulimbi. Ces violences ont causé des pertes humaines (au moins huit tués entre le 13 et le 24 mai) et des destructions d’infrastructures, notamment le pillage du centre de santé de Rebero, privant plus de 8 400 habitants de soins. La poursuite des violences compromet gravement le retour durable de plus de 106 000 personnes déplacées.
    • Dans le territoire de Lubero, une recrudescence des violences a entraîné le déplacement forcé de près de 32 000 personnes (6 400 ménages), principalement vers Lubero-centre, Kyavinyonge et Kasindi. Des incursions armées y ont également fait des victimes civiles, avec au moins neuf tués à Mambembe et 18 à Fungula.
  • Insécurité persistante dans d’autres territoires : Bien que les faits saillants se concentrent sur Rutshuru et Lubero, d’autres zones comme Masisi continuent de connaître l’instabilité, avec de nouveaux déplacements et plus de 300 000 personnes toujours déplacées au 30 avril. La situation demeure critique à Beni avec de nouveaux affrontements et le retour signalé du groupe armé ADF, ainsi qu’à Walikale où les tensions perdurent. Même à Goma et Nyiragongo, la criminalité urbaine et les intrusions armées dans des structures de santé restent une préoccupation majeure.

Face à cette situation, les chiffres clés au 31 mai 2025 sont éloquents : 1,81 million de personnes déplacées internes, 2,01 millions de personnes retournées et 4,19 millions de personnes en insécurité alimentaire (IPC3+).

La réponse humanitaire au cœur de l’action

Malgré l’ampleur des besoins, les partenaires humanitaires, sous la coordination d’OCHA, ont mené des interventions cruciales :

  • Assistance alimentaire vitale : Une opération d’envergure du Programme Alimentaire Mondial (PAM) a permis de distribuer de la nourriture à plus de 300 000 personnes le long des axes stratégiques Sake-Bihambwe et Sake-Kitshanga. Par ailleurs, plus de 20 000 personnes retournées à Kingarame (Nyiragongo) ont reçu une aide alimentaire continue, et 78 676 personnes déplacées ont été assistées à Lubero.
  • Aide multisectorielle et retours dignes : Plus de 30 000 personnes déplacées dans les centres collectifs autour de Goma ont bénéficié d’une assistance multisectorielle incluant aide en espèces pour le transport et accompagnement pour des retours volontaires.
  • Articles ménagers essentiels (AME) : Environ 18 000 personnes déplacées à Luotu (Lubero) ont reçu des articles ménagers essentiels. Des distributions similaires ont bénéficié à plus de 20 000 retournés à Nyiragongo et 21 500 déplacés à Beni. Cependant, d’importants besoins en AME restent non couverts, en particulier dans les territoires récemment touchés par les violences.
  • Santé et Nutrition :
    • Plus de 2 295 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère ont été pris en charge.
    • Des réponses aux épidémies de choléra et de Mpox ont été mises en œuvre, prenant en charge des centaines de patients.
    • Plus de 134 000 personnes déplacées et retournées ont bénéficié de consultations médicales gratuites.
    • Des soins de santé mentale, de prise en charge des violences basées sur le genre (1 356 survivantes) et de santé sexuelle et reproductive ont également été assurés.
  • Eau, Hygiène et Assainissement (EHA) : Des systèmes d’adduction d’eau ont été réhabilités et l’eau potable distribuée quotidiennement. Plus de 440 latrines et 44 douches ont été construites, et des campagnes de sensibilisation à l’hygiène ont touché près de 13 000 personnes.
  • Protection et Éducation : Les efforts de protection de l’enfance ont permis d’identifier 274 enfants non accompagnés et de réinsérer 80 d’entre eux dans leurs familles. Un soutien psychosocial a été fourni à plus de 5 600 enfants. Des sensibilisations aux dangers des engins non explosés et des kits scolaires ont été distribués, bénéficiant à des milliers d’élèves.

Coordination pour une réponse ciblée

OCHA a organisé des missions inter-agences d’évaluation des besoins humanitaires dans les zones les plus affectées de Rutshuru (Vitshumbi et Tongo). Ces évaluations, impliquant agences onusiennes et ONG, sont essentielles pour une planification plus efficace et ciblée de la réponse humanitaire.

Le rapport de mai 2025 du Nord-Kivu souligne la complexité et l’ampleur des défis humanitaires, mais il témoigne aussi de la mobilisation continue et vitale des acteurs humanitaires sur le terrain.

Source : Rapport d’OCHA RDC – 17 juin 2025

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