2025 : L’année des promesses brisées et du silence actif !
L’année 2025 s’achève. Pour la République Démocratique du Congo, elle restera marquée par un contraste douloureux : celui des pourparlers diplomatiques stériles et de la brutalité quotidienne sur le terrain. Alors que le monde célébrait de nouvelles avancées technologiques, le sang du Congo continuait d’alimenter l’indifférence.
Voici un retour sur les faits majeurs de cette année de combat pour la justice
I. Le double jeu de la diplomatie : Doha, Washington et l’impasse
🔹 Doha (mars – juillet 2025) : Le faux départ
L’année avait pourtant commencé sous le signe de l’espoir.
Sous la médiation du Qatar, des pourparlers s’ouvrent à Doha entre le gouvernement congolais et les représentants de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23), groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Ces discussions visent à instaurer un cessez-le-feu et à poser les bases d’un règlement politique du conflit dans l’Est de la RDC.
Les négociations s’inscrivent dans la continuité d’une rencontre tenue le 18 mars 2025 à Doha entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, organisée sous les auspices de l’émir du Qatar. Les deux chefs d’État y réaffirment leur engagement en faveur d’un cessez-le-feu immédiat, sans toutefois annoncer de mécanisme contraignant.
Un premier signal diplomatique intervient le 23 avril 2025, avec une déclaration conjointe exprimant la volonté des parties de travailler à une trêve et de faciliter l’accès humanitaire. Toutefois, cette annonce ne suffit pas à inverser la dynamique du conflit. Les violences se poursuivent et les accusations de violations du cessez-le-feu se multiplient.
Les discussions se prolongent jusqu’à l’été. En juillet 2025, un accord de principes est signé à Doha, prévoyant un cadre général pour un cessez-le-feu et la poursuite des négociations. Malgré ces engagements, la situation sécuritaire demeure instable, révélant les limites d’un processus largement dépourvu de mécanismes de sanction.
Sur le terrain, les promesses diplomatiques apparaissent rapidement comme un mirage. Les affrontements persistent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, donnant corps à l’idée d’une « paix de papier », déconnectée de la réalité vécue par les populations civiles.
🔹 Accords de Washington (juin 2025) : L’illusion d’une désescalade
Le 27 juin 2025, sous la médiation des États-Unis, la RDC et le Rwanda signent à Washington un accord bilatéral présenté comme une étape vers la désescalade régionale. Cet accord vise principalement à apaiser les tensions entre les deux États, sans traiter directement le rôle du M23 dans l’Est congolais.
Derrière les discours de paix, les enjeux économiques sont centraux : la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques — cobalt, coltan, lithium — indispensables à l’industrie technologique mondiale.
Aucun mécanisme crédible de vérification ni de sanction n’est mis en place pour garantir le respect de ces engagements. L’impunité demeure, une fois encore, le prix tacite de la stabilité régionale recherchée.
Lors de l’Assemblée générale des Nations unies de septembre 2025, le président français Emmanuel Macron exprime un soutien officiel à la RDC, tout en appelant à une solution « régionale et inclusive ». Des paroles qui peinent à masquer l’absence d’actions concrètes.
II. L’escalade sur le terrain : l’année des déplacements et des violences ciblées
🔹 La montée des violences
Les captures de Goma (27 janvier 2025) et Bukavu (16 février 2025) ont marqué un tournant. Selon des estimations ONU, l’offensive M23 sur Goma a causé entre 900 (estimation ONU) et 2 000 morts (selon les autorités congolaises), avec plus de 1 000 blessés civils rapportés.
L’ONU (OHCHR) a documenté au moins 319 civils tués par le M23 (soutenu par des forces rwandaises) entre le 9 et le 21 juillet 2025 dans quatre villages du territoire de Rutshuru (Nord-Kivu) — l’un des bilans les plus élevés depuis la résurgence du M23 en 2022. D’autres attaques (Beni, Lubero en août) ont ajouté plus de 50 morts.
L’ACLED rapporte plus de 2 500 décès (civils et combattants) dus à la violence armée (dont M23 et autres groupes) au cours des trois premiers mois de 2025, le trimestre le plus meurtrier depuis 2002 selon des estimations conservatrices.
La MONUSCO a vu son mandat prolongé jusqu’au 20 décembre 2026 par la résolution 2808 (2025) du Conseil de Sécurité de l’ONU (adoptée le 19 décembre 2025), en raison de la détérioration sécuritaire persistante.
🔹 La vulnérabilité des civils
Selon UNHCR (septembre 2025), 8,2 millions de personnes étaient déplacées en RDC, dont 5,8 millions de déplacés internes (IDPs), avec une projection à 9 millions fin 2026. OCHA et IOM confirment que les provinces de l’Est concentrent la majorité : plus de 1,1 million de nouveaux déplacés dans les Kivus en 2025 (dont 660 000 ré-déplacés autour de Goma entre janvier et février). Depuis janvier 2025, environ 1,157 million de personnes ont été déplacées dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu (IOM). Le total national des IDPs dépasse les 8 millions fin 2025, avec des pics historiques dus aux offensives de fin d’année.
La violence sexuelle reste systématique : l’ONU et MSF rapportent une augmentation alarmante, avec des hôpitaux submergés par les blessés civils.
Fin 2025, la RDC compte plus de 8,5 millions de déplacés internes, dont une majorité de femmes et d’enfants, faisant du pays l’une des pires crises humanitaires au monde.
III. Le silence des minerais : la connexion sang-technologie
🔹 L’explosion de la demande mondiale
En 2025, la demande mondiale en véhicules électriques et en batteries lithium-ion atteint des niveaux records. La RDC, qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial, reste au cœur de cette dépendance industrielle.
Malgré certaines mesures de régulation prises par les autorités congolaises, la traçabilité des minerais demeure insuffisante. Des sites miniers artisanaux restent sous l’influence de groupes armés, alimentant un commerce opaque.
Aucune grande entreprise technologique n’a été sanctionnée en 2025 pour complicité avérée dans le commerce des minerais de conflit. Les audits d’éthique restent largement déclaratifs, tandis que le consommateur final demeure, souvent à son insu, un acteur indirect de cette économie violente.
IV. Le rapport des Nations unies (décembre 2025) : la vérité documentée
Publié le 30 décembre 2025, le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’Organisation des Nations unies sur la RDC apporte une lecture sans ambiguïté de l’année 2025. Il confirme que, malgré les initiatives diplomatiques engagées à Doha et à Washington, le conflit s’est poursuivi, voire intensifié, dans l’Est du pays.
Le rapport établit que l’Alliance Fleuve Congo / M23 (AFC/M23) a continué ses opérations militaires avec un soutien extérieur documenté, tout en développant des structures de contrôle territorial et administratif parallèles, en violation de la souveraineté congolaise. Les experts font également état de violations graves et répétées des droits humains, touchant en premier lieu les populations civiles.
Enfin, le document met en évidence le rôle central de l’économie minière dans le financement du conflit et souligne l’absence de mécanismes de sanction contraignants, qui a vidé les accords diplomatiques de leur portée réelle.
Ce rapport constitue ainsi une preuve institutionnelle majeure, confirmant que l’année 2025 n’a pas été une année de paix, mais une année de gestion politique d’un conflit durable.
👉 Une analyse détaillée de ce rapport à lire ici
V. Les voix qui refusent l’oubli
🔹 La mobilisation de la société civile, un appel mondial à la justice
Face au silence et à l’inaction des États, la société civile s’est organisée. Tout au long de l’année 2025, des mobilisations pacifiques ont eu lieu à Paris, Bruxelles, Montréal et Kinshasa, réunissant citoyens, associations, journalistes et artistes pour dénoncer l’impunité et exiger justice pour les victimes des conflits à l’Est de la République démocratique du Congo.
Ces rassemblements ont permis de remettre la question congolaise dans l’espace public international, en soulignant l’écart persistant entre les discours diplomatiques et la réalité vécue par les populations civiles.
🔹Fondation des Justes du Congo : une initiative pour la justice (2025)
Dans ce contexte est né le Comité Les Justes du Congo, qui s’est structuré en outil de plaidoyer et de mémoire. Lancé officiellement à Paris en mai 2025, le mouvement rassemble des citoyens du monde épris de justice, refusant de rester indifférents face à des crimes largement documentés mais rarement sanctionnés. Son objectif est clair : rompre le silence, nommer les crimes et exiger des actes concrets.
Tout au long de l’année 2025, le Comité a multiplié les actions de terrain et de plaidoyer afin de porter la voix des victimes au-delà des frontières congolaises. Dès son lancement officiel le 7 mai 2025 à Paris, au restaurant La Démocratie, en présence de l’ambassadeur de la RDC en France et de plusieurs sénatrices congolaises engagées, Les Justes du Congo ont affirmé leur volonté de s’inscrire dans un combat public, politique et mémoriel.
Le Comité a ensuite organisé des rencontres publiques, des actions de sensibilisation et des plaidoyers institutionnels, notamment au Palais Bourbon (Assemblée nationale française) fin juin 2025, où des interpellations ont été adressées à des élus français et européens pour exiger des réponses politiques et diplomatiques à la hauteur des crimes commis.
Parallèlement, une pétition internationale a été lancée dès avril 2025 sur Change.org, portée par la diaspora congolaise, des associations de soutien et des personnalités internationales. Intitulée « Brisez le silence sur les crimes en RDC : soutenez les Justes du Congo », cette pétition appelle à la reconnaissance des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, à l’arrêt des massacres, au refus de l’oubli et à la mise en œuvre d’actions juridiques, politiques et diplomatiques concrètes.
À travers ces actions, Les Justes du Congo ont affirmé une conviction centrale : sans justice, aucune paix durable n’est possible.
Conclusion : 2026, l’année de la justice ?
Si 2025 a été l’année du silence actif, 2026 ne peut plus se contenter de déclarations. Elle devra être celle de l’action assumée. Aucune paix ne sera durable sans justice, et aucune justice ne pourra émerger sans mémoire.
Les processus diplomatiques engagés à Doha et à Washington, dépourvus de mécanismes contraignants, ont montré leurs limites. Pris en étau entre des intérêts miniers mondiaux, une diplomatie sans sanctions et une impunité persistante, l’Est de la République démocratique du Congo continue de sombrer dans une crise humanitaire profonde.
“Le sang congolais ne doit plus être le prix de notre silence et de notre technologie.”
— Les Justes du Congo🖋️ Notre engagement commence par la vérité.
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