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Analyse du rapport du Groupe d’experts de l’ONU (décembre 2025)

Derrière la diplomatie, l’enracinement d’un conflit structuré !

Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo, transmis au Conseil de sécurité le 30 décembre 2025, constitue un document clé. Loin d’un simple état des lieux, il révèle une contradiction majeure entre les discours diplomatiques de paix et la réalité d’un conflit qui s’institutionnalise et s’aggrave sur le terrain Rapport à mi-parcours du Groupe….

Alors que l’Accord de Washington (27 juin 2025) et la Déclaration de principes de Doha (19 juillet 2025) étaient censés ouvrir une dynamique de désescalade, le rapport démontre que ces processus ont coexisté avec une intensification militaire, une occupation territoriale durable et une gouvernance parallèle mise en place par l’AFC/M23 avec l’appui déterminant du Rwanda.

1. Une diplomatie de façade face à une guerre active

Le rapport souligne que les initiatives diplomatiques de 2025 ont créé une illusion de progrès, sans jamais produire de mécanismes contraignants effectifs.

  • L’Accord de Washington engageait la RDC et le Rwanda à respecter la souveraineté territoriale, à cesser les hostilités et à mettre en œuvre un concept conjoint d’opérations (CONOPS) contre les FDLR.
  • Or, dès l’été 2025, les experts constatent des retards volontaires, des violations répétées du cessez-le-feu et l’absence de retrait des forces rwandaises.

Le processus de Doha, quant à lui, a introduit une nouveauté lourde de conséquences :
👉 la reconnaissance politique implicite de l’AFC/M23 comme interlocuteur, sans exigence préalable de retrait ni de cantonnement.


2. L’AFC/M23 : d’un groupe armé à une entité proto-étatique

L’un des apports majeurs du rapport est la démonstration que l’AFC/M23 ne se contente plus d’opérations militaires. Le mouvement administre, juge, taxe et contrôle.

a) Gouvernance parallèle

  • Remplacement illégal de chefs coutumiers (mwami) dans le Nord-Kivu et le Masisi
  • Destruction d’archives foncières et administratives
  • Mise en place d’une administration financière parallèle Rapport à mi-parcours du Groupe…

b) Police et justice illégales

  • Création en août 2025 de la Police révolutionnaire congolaise (M23/PRC), déployée à Goma et Bukavu
  • Mise en place de tribunaux et d’un mécanisme de « justice transitionnelle » non reconnu par l’État congolais.

Cette structuration révèle un projet politique de long terme, assumé par les dirigeants de l’AFC/M23, qui revendiquent désormais une forme de fédéralisme ou d’autonomie territoriale.


3. Le rôle central et documenté du Rwanda

Le rapport est sans ambiguïté : la Force de défense rwandaise (FDR) joue un rôle opérationnel décisif.

  • Opérations militaires conjointes AFC/M23–FDR
  • Déploiements transfrontaliers documentés
  • Soutien logistique, formation, commandement et présence directe sur le terrain.

Les experts notent que le Rwanda :

  • viole l’Accord de Washington,
  • ne fait aucune pression pour un retrait territorial de l’AFC/M23,
  • poursuit une logique de contrôle sécuritaire et économique de l’Est congolais.

4. Une catastrophe humanitaire systémique

La situation humanitaire se détériore brutalement :

  • Exécutions sommaires : l’AFC/M23 est identifié comme principal auteur des exécutions extrajudiciaires en 2025, devant l’ADF, les Wazalendo et même les FARDC.
  • Violences sexuelles liées au conflit, arrestations arbitraires, conscriptions forcées
  • Incendies de villages et destruction d’infrastructures civiles, corroborés par imagerie satellite et données NASA FIRMS.

Les retours de réfugiés depuis le Rwanda sont décrits comme non volontaires et coercitifs, orchestrés sans supervision du HCR, et accompagnés de transformations démographiques inquiétantes.


5. Les minerais : le nerf du conflit

Le rapport confirme que la contre-bande de minerais (3T et or) demeure un pilier du conflit.

  • Implication de réseaux transfrontaliers
  • Création d’une commission d’enquête ad hoc de la CIRGL, vivement contestée par le Rwanda Rapport à mi-parcours du Groupe…
  • Corrélation directe entre contrôle territorial, routes minières et déploiements militaires

6. Ce que révèle réellement ce rapport

Ce rapport ne décrit pas un processus de paix en difficulté.
Il documente un conflit stabilisé par la diplomatie, où :

  • les accords servent de couverture politique,
  • l’occupation territoriale se consolide,
  • les civils paient le prix du silence international.

Les experts concluent que l’absence de mécanismes coercitifs, de sanctions ciblées effectives et de conditionnalité réelle transforme la diplomatie en outil de gestion du conflit, non de résolution Rapport à mi-parcours du Groupe.


Conclusion – Un test pour la crédibilité internationale

Le rapport S/2025/858 place la communauté internationale face à un choix clair :

  • soit continuer à multiplier les processus diplomatiques sans levier,
  • soit nommer les responsabilités, appliquer les sanctions et conditionner tout dialogue au respect du droit international.

À défaut, l’Est de la RDC risque de devenir un territoire durablement fragmenté, administré par des entités armées légitimées de facto, sous couvert de négociations sans fin.

Le Rapport 30/12/2025

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