Le combat du Dr Mukwege : « Muganga », le cri des femmes violées en RDC porté au cinéma
Le 24 septembre, sort dans les salles le film Muganga – Celui qui soigne, un long-métrage inspiré de la vie et du combat du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018. Ce film, bouleversant et nécessaire, met en lumière l’horreur méconnue des violences sexuelles utilisées comme armes de guerre en République Démocratique du Congo (RDC).
À travers une mise en scène poignante, la réalisatrice Marie-Hélène Roux rend hommage à ce chirurgien congolais hors du commun, qui a consacré sa vie à soigner, réparer et accompagner les femmes victimes de violences sexuelles, au cœur de l’hôpital Panzi, qu’il a fondé en 1999 à Bukavu.
Le viol comme arme de guerre : une tragédie massive et silencieuse
Dans son intervention sur RTL, Dr Mukwege rappelle que le viol de guerre « ne se pratique pas seulement en RDC, mais dans presque tous les conflits contemporains », soulignant l’efficacité tragique de cette arme qui « détruit d’abord la victime, physiquement et psychologiquement, puis brise les communautés entières ».
En RDC, ces actes sont souvent commis avec une brutalité inouïe : armes blanches, armes à feu, mutilations génitales… Les femmes arrivent à l’hôpital Panzi « dans des conditions déplorables », souvent rejetées ensuite par leur propre communauté. Une double peine que le Dr Mukwege et son équipe combattent avec un programme de prise en charge holistique : soins médicaux, accompagnement psychologique, réinsertion économique et soutien juridique.
« Le corps des femmes est transformé en champ de bataille pour chasser les populations de leurs villages » – Denis Mukwege
Une guerre économique déguisée en conflit ethnique
Le film, comme les mots du Dr Mukwege, met aussi en lumière la nature profonde du conflit qui dévaste l’Est du Congo : une guerre économique pour le contrôle des ressources naturelles, notamment les minerais stratégiques comme le coltan, indispensable à la fabrication des technologies modernes.
« Aujourd’hui, la mine de Rubaya, au Nord-Kivu, occupée par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, produit 80 % du tantale mondial » – Denis Mukwege
Dans ce contexte, le viol devient un outil cynique de déplacement forcé des populations locales, permettant la mainmise sur les terres et les mines. Une stratégie de terreur à grande échelle, silencieusement tolérée par la communauté internationale.
Une crise oubliée
En 2023, plus de 123 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles en RDC. Selon les Nations Unies, une femme est violée toutes les 4 minutes dans le pays. Pourtant, « cette guerre est oubliée », déplore Mukwege, rappelant que seuls 11 % des besoins humanitaires avaient été couverts à mi-année. Une indifférence qui perdure malgré plus de 7 millions de déplacés internes et 27 millions de personnes en insécurité alimentaire.
Un message d’amour et de résilience
Ce film ne se contente pas de dénoncer : il honore aussi la force des survivantes. Le Dr Mukwege insiste sur leur résilience extraordinaire, leur capacité à « aimer malgré leur souffrance » et à devenir des actrices du changement dans leurs communautés.
« Ce sont elles qui m’aident. Leur résilience est une thérapie de l’amour » – Denis Mukwege
Les Justes du Congo s’associent à ce combat
L’association Les Justes du Congo est profondément engagée aux côtés du Dr Mukwege. Nous soutenons toutes les initiatives, comme ce film, qui rendent visibles les victimes, dénoncent les crimes, et portent cette cause essentielle devant les consciences internationales.
Nous militons pour :
- La reconnaissance officielle du génocide silencieux perpétré contre les Congolaises et les Congolais ;
- La prise en charge médicale, psychologique, juridique et sociale des survivantes ;
- La justice pour les victimes et la punition des responsables, quels qu’ils soient ;
- Un véritable travail de mémoire, pour que l’histoire ne s’efface pas dans le silence ;
- Une mobilisation politique et citoyenne internationale, pour mettre fin à cette tragédie qui dure depuis plus de trois décennies.
Nous appelons toutes les consciences, toutes les institutions, tous les peuples, à entendre le cri de ces femmes. À ne pas détourner le regard. À agir.
À voir absolument
Muganga – Celui qui soigne est bien plus qu’un film : c’est un appel au réveil, un hommage vibrant, un plaidoyer pour la justice et la dignité. Rendez-vous dans les salles à partir du 24 septembre.