Louisa Mezreb au Palais Bourbon : Une Plaidoirie pour la Mémoire et la Justice en RDC
Le 28 juin 2025, Louisa Mezreb, militante engagée pour la justice et la mémoire, a pris la parole au Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française, lors du colloque international « Pour une paix durable en RDC et dans la région ». À cette occasion solennelle, elle représentait le Comité des Justes du Congo, une initiative citoyenne franco-congolaise née au début de l’année. Ce Comité s’est donné pour mission de déconstruire les récits falsifiés du conflit à l’est de la République Démocratique du Congo, de réhabiliter la dignité des victimes et de mobiliser l’opinion publique internationale autour d’un impératif de vérité et de justice.
Sa prise de parole, devant des parlementaires, chercheurs, juristes, journalistes et acteurs de la société civile, a mis en lumière une exigence cruciale : « on ne peut construire une paix durable sans restaurer la mémoire des victimes et sans déconstruire les récits falsifiés ».
Une initiative fondée sur la mémoire et la justice
Le Comité des Justes du Congo a vu le jour en janvier 2025. Il rassemble des citoyens congolais et français, portés par une conviction commune : la dignité des victimes ne peut être restaurée sans un travail de mémoire rigoureux. Cette initiative est née d’une rencontre entre Louisa Mezreb et la sénatrice congolaise Vicky Katumwa, l’une des rares voix politiques à dénoncer publiquement les crimes de guerre commis dans l’est du pays.
Leur objectif est clair : construire une paix durable en établissant les faits, en restituant une parole trop souvent confisquée aux victimes et en œuvrant à une réconciliation fondée sur la vérité.
Pourquoi parler des Justes
Le terme de « Justes » n’a pas été choisi au hasard. Il renvoie aux figures historiques qui, sans être directement concernées, ont eu le courage d’agir par conscience morale face à l’injustice. Les Justes sont ceux qui refusent le silence, qui défendent la mémoire, qui s’engagent sans rien attendre en retour. Ce sont des femmes et des hommes qui placent la vérité au-dessus de la realpolitik.
En ce sens, le Comité des Justes du Congo entend redonner leur place à toutes celles et ceux dont l’histoire a été effacée, réduite à des statistiques ou instrumentalisée à des fins diplomatiques.
Une guerre falsifiée, un drame ignoré
Depuis plus de vingt ans, l’est de la République Démocratique du Congo subit un conflit d’une ampleur rarement documentée : plus de six millions de morts, des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, des enfants enrôlés de force, des villages rasés, des richesses pillées. Ce conflit n’est ni une simple instabilité locale, ni un affrontement ethnique endogène.
Il s’agit d’un conflit géopolitique, impliquant plusieurs États, des groupes armés transnationaux, des intérêts économiques puissants et une communauté internationale souvent silencieuse ou complice.
La souffrance du peuple congolais a été banalisée, les responsabilités occultées, les récits manipulés. C’est contre cette falsification de l’histoire que s’élève aujourd’hui le Comité des Justes du Congo.
La mémoire, condition d’une paix authentique
Alors qu’un accord de paix a récemment été signé entre la RDC et le Rwanda, Louisa Mezreb rappelle une évidence : un accord de paix ne peut être un accord d’oubli. Il n’y aura pas de réconciliation possible sans une reconnaissance claire des crimes commis et des responsabilités engagées.
Comment tourner la page sans l’avoir lue ?
Comment pardonner sans connaître les faits ?
Comment construire l’avenir si le passé reste un terrain miné ?
Reconstruire l’histoire du conflit, écouter les voix des victimes, établir les responsabilités, produire un savoir fondé sur des témoignages et des preuves : voilà les conditions minimales pour toute démarche de paix véritable.
Une stratégie d’action fondée sur le savoir et la parole
Le Comité des Justes du Congo a défini une feuille de route en cinq axes :
- Documenter les faits de manière indépendante et rigoureuse.
- Donner la parole aux victimes et aux survivants, en recueillant leurs témoignages.
- Produire un savoir nouveau sur le conflit, fondé sur des recherches et des archives congolaises.
- Déconstruire les récits biaisés entretenus par certains médias ou institutions.
- Obtenir la reconnaissance des responsabilités, tant au niveau national qu’international.
Cette démarche repose sur un principe fondamental : le respect de la dignité humaine, la centralité des victimes et la primauté du droit.
Une mobilisation en marche
Depuis sa création, le Comité des Justes du Congo a déjà mobilisé près de 1 500 membres à travers le monde. Il s’agit d’intellectuels, de journalistes, de juristes, de chercheurs, d’artistes, mais aussi de citoyens ordinaires qui refusent le silence et choisissent de s’engager pour la mémoire et la vérité.
Le comité prépare actuellement une série de publications, de conférences et de plaidoyers auprès d’institutions internationales pour faire reconnaître la réalité des crimes commis dans l’est du Congo.
Un appel à la conscience collective
Louisa Mezreb conclut son intervention au Palais Bourbon par ces mots : « Rejoindre les Justes du Congo, c’est refuser l’indifférence. C’est porter la voix des victimes. C’est œuvrer pour une paix fondée sur la vérité, la justice et la mémoire. »
La dignité des peuples passe par la reconnaissance de leur histoire. Refuser d’en parler, c’est prolonger l’humiliation. Faire œuvre de mémoire, c’est poser les fondations d’un avenir différent.
Par Louisa Mezreb, chargée de mission France – Comité des Justes du Congo
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