L’Accord de Washington vu du Sud-Kivu : Entre paix diplomatique et réalités de terrain : décryptage de l’Accord par le Sénateur Bulakali
Dans son intervention sur la chaîne Global Africa, dans l’émission Africa Actu animée par Alfred Mignot, le sénateur congolais Aristide Bulakali, représentant du Sud-Kivu, est revenu sur l’Accord de Washington signé le 27 juin entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis. Il exprime un optimisme mesuré, saluant l’accord tout en reconnaissant ses limites et les défis à venir.
Le sénateur Bulakali salue l’accord, le voyant comme une concrétisation de la « schéma diplomatique » initié par le président Félix Tshisekedi. Pour lui, la priorité est de « mettre fin à la guerre, respecter la souveraineté de la République démocratique du Congo et l’intégrité de son territoire ». Il affirme que l’accord, en insistant sur le respect de l’intégrité territoriale et l’interdiction des actes hostiles, est « vraiment une bonne définition » des attentes congolaises.
Reconnaissance Implicite de la Présence Rwandaise
Malgré le déni du Rwanda, le sénateur Bulakali estime que l’accord contient une reconnaissance implicite de sa présence en RDC. Il s’appuie sur les rapports des Nations Unies et des experts, et surtout sur le terme de « désengagement » utilisé dans l’accord : « quand vous lisez le rapport vous le lisez très bien vous verrez que le Rwanda reconnaît implicitement sa présence en République démocratique du Congo quand il dit qu’il va se désengager ». Pour lui, cela signifie que « le Rwanda a reconnu qu’il est en République démocratique du Congo et qu’il est temps d’en sortir ».
L’Accord : Un Début et non une Fin en Soi
Le sénateur insiste sur le fait que l’Accord de Washington n’est pas une solution isolée, mais « un début » et « le prolongement de tous les processus qui ont commencé avec Luanda et avec Nairobi ». Il y voit une « mécanique » globale qui s’associe à d’autres initiatives de paix en Afrique.
Décrivant la situation dans sa province du Sud-Kivu et le Nord-Kivu, le sénateur Bulakali évoque « une situation d’occupation » par le Rwanda et ses supplétifs. Il souligne la « résistance populaire » face à l’occupant, mais aussi les « violations des droits de l’homme » quotidiennes : « C’est chaque jour que les hommes qui occupent la République démocratique du Congo, c’est-à-dire le Rwanda à travers ce supplétif, enlèvent, enrôlent par force, on pille ». Il dénonce le pillage des minerais, du bois, mais aussi des « enseignes des sociétés » et des « maisons de commerce ».
Le Comité des Justes du Congo : Un Soutien Institutionnel
Le sénateur Bulakali confirme l’existence et l’importance du Comité des Justes du Congo, qu’il a découvert lors de sa visite au parlement français. Il précise que le mouvement est profondément ancré et soutenu par les institutions congolaises : « je suis sénateur, c’est là au Sénat que j’ai trouvé ce mouvement-là », et il est lui-même « en mission officielle du Sénat » à l’invitation de cette structure.
La Motivation Américaine et la Durée de l’Accord
Le sénateur croit que l’initiative de l’accord est venue des deux pays, la RDC et le Rwanda, dans un contexte où les États-Unis, « partenaire attendu », cherchent à renforcer leurs « capacités d’intervention en terme commercial, économique en République démocratique du Congo ». Il reconnaît l’intérêt économique des États-Unis, notamment pour le cobalt et le coltan, mais il y voit une opportunité : « on ne doit pas s’attendre à ce qu’un pays ami se comporte comme une tante, comme un oncle, de façon ils ont des intérêts ». Il estime que les États-Unis, en cherchant leurs intérêts, « nous montre le nôtre » en apportant la paix et la sécurité pour leurs investissements.
Quant à la durabilité de l’accord, le sénateur Bulakali est optimiste. Il explique que pour la première fois, les « vraies causes du conflit » ont été abordées, incluant la reconnaissance de l’agression rwandaise et l’intérêt économique. Les États-Unis, en parrainant l’accord et en y injectant des investissements, créent un cadre où « chacun d’apprécier » que « tout le monde a y gagné, tout le monde a à protéger ». Il ajoute que même le Rwanda, qui avait une image ternie, « avait besoin de cette paix là ».
Un Plan Marshall pour l’Est de la RDC
Le sénateur appelle à un « plan Marshall pour toute la République démocratique du Congo » avec des « rubriques spécifiques au Nord et au Sud-Kivu » ainsi qu’à l’Ituri et au Tanganyka, considérant que toute la région de l’Est a été affectée par la guerre. Il voit l’accord comme une opportunité de « restaurer l’autorité de l’État dans des espaces occupés » et de permettre au président de la République de « mener à bien les politiques publiques ».
En conclusion, le sénateur Bulakali exprime un grand espoir : « les signes sont bons, les signes d’encouragement sont là ». Il voit l’accord comme une « passerelle » pour aborder les vraies questions avec sérénité et pour « revenir aux anciennes amours » des structures régionales comme la CEPGL et la CIRGL, afin de consolider la paix dans toute la sous-région.
Les Justes du Congo